Ce chapitre s’ancre autour d’un voyage au Caire en Égypte et des rencontres que nous y avons filmées.
Sur scène Asmaa Samlali, marocaine, Hala Rajab, syrienne et Amina Onsy égyptienne, échangent autour des révolutions qui ont eu lieu dans leurs pays respectifs, des soulèvements collectifs mais aussi intimes.
Comment trouver sa liberté et s’émanciper des modèles qu’on nous propose ? Il y a des soulèvements indélébiles, sans retour, qui nous façonnent. Chacune évoque sa prise de liberté, son lien au pays de naissance, les identités qui les constituent.
À l’origine, une rencontre à Casablanca
Nous avons rencontré Asmaa Samlali il y a 10 ans pour un radiolive à Casablanca.
À l’époque, elle étudie le cinéma, écrit des poèmes et parle en darija. Un an plus tard elle partira en France et obtiendra le droit d’asile. Son engagement dans la communauté LGBTQ+ la mettait en danger au Maroc. Son premier avion, c’est donc pour quitter le Maroc en 2017. Son deuxième avion, c’est en septembre 2026 Nous pour partir au Caire avec nous. Nous voulions partir avec Asmaa, qui a participé au mouvement de jeunesse du 20 février 2011 au Maroc alors qu’elle était adolescente, pour se poser la question des soulèvements collectifs et intimes : même s’ils n’aboutissent pas à l’intérieur des sociétés, qu’ont-ils d’irréversible ?
Nous partons aussi avec Hala Rajab, syrienne, qui fait partie du projet depuis sept ans. Nous n’avons pas encore pu retourner en Syrie ensemble, elle est en France depuis 10 ans. Mais nous allons en Égypte, là où son père, opposant au régime syrien, a été en exil pendant deux ans. C’est sa première fois au Caire.
La rencontre d’Asmaa et Hala avec Amina
Nous rencontrons ensemble Amina Onsy, qui a grandi et vit toujours au Caire. Sa famille a participé à la Révolution place Tahrir quand elle, à 12 ans, gardait les cousins à la maison. Sa mère, son oncle et sa tante racontaient aux enfants leurs journées et leurs espoirs, trahis depuis.
Suite au décès de sa mère quand elle avait 14 ans, elle a très vite gagné son indépendance et travaillé, se mêlant à la communauté musicale et artistique au Caire. Son parcours est celui d’une émancipation : comment être soi-même sans mentir et sans avoir besoin de rompre avec la famille ou l’environnement social ? « C’est une danse » aime dire Amina. Pour naviguer à travers les milieux, les classes, les quartiers. Pour se faire respecter partout.
Dans chacun de leurs parcours, il a un point de rupture, une ancienne vie dont on conserve les souvenirs et une nouvelle vie, une nouvelle identité à fabriquer jour après jour. La sensation physique ici en marchant dans les rues du Caire avec Asmaa, Hala et Amina, c’est que certains soulèvements sont irréversibles, et que ce qui nous soulève nous permet de nous réinventer.
Les participant•es
Les soulèvements indélébiles
Au Caire, nous rencontrons la comédienne et chanteuse syrienne Nanda Mohammad (complice du projet qui a chanté l’an dernier dans plusieurs chapitres du Radio live pour quelques dates). Elle est en Égypte depuis 2012, dernière fois qu’elle voit Damas, elle est sur la liste des renseignements.
Avec elle, toutes les questions ressurgissent : partir ou rester ? Comment savoir ?
Le metteur en scène égyptien Ahmed el Attar nous parle aussi de la Révolution et des années qui ont suivi. Il a même promis à Hala un « manuel pour garder l’espoir » !
La France
Nous sommes donc au Caire, mais nous traverserons plusieurs territoires dans les récits : le Maroc, la Syrie, l’Égypte et la France.
Hala est arrivée en France en 2015 à la suite de l’assassinat de son père opposant par le régime syrien. Asmaa est arrivée en 2017. Toutes les deux vivent depuis des années en France maintenant et une partie de leur histoire raconte aussi notre pays. Est-il encore capable de faire de la place à celles et ceux qui le font vivre ?